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La cigale et la fourmi, un incontournable parmi les fameuses fables de Jean de La Fontaine. L’Été, la fourmi fait ses réserves pendant que la cigale chantonne. L’Hiver la cigale se retrouve sans rien et la fourmi refuse de l’aider. Hors de la fable, cette situation aurait-elle été possible ? Qui sont vraiment ces insectes ?

La fourmi, travailleuse infatigable ?

En réalité, on ne dit pas « la fourmi », car c’est un insecte social, qui ne vit jamais seul. Nous avons donc à faire à des fourmis, souvent même plein de fourmis. Une fourmi seule ne décide pas pour le groupe, chacune à sa tâche et avance. Il est en effet peu probable qu’une fourmi aurait décider de prêter de la nourriture à la cigale pour deux raisons : la première c’est que cela n’aurait pas fait partie de sa logique en tant que membre d’un groupe et la seconde est que le groupe lui-même aurait accepté de prêter uniquement s’il y gagnait quelque chose, ce qui n’est probablement pas le cas face à une cigale.

La fourmi de notre ami de La Fontaine ramasse des graines pour faire ses réserves, on peut donc en conclure que c’est une fourmi de type Messor. En effet, les Messor font des réserves, en particulier juste avant l’Hiver, car elles effectuent leur diapause, sur ce point, pas d’erreur de la part du fabuliste. Ce sont des espèces du Sud, il y a donc fort à parier qu’elles « partagent » leur environnement avec des cigales, encore une fois, les conditions laissent la possibilité à l’histoire de se dérouler. Mais en Hiver, les Messor ne sortent pas du nid, la cigale, à part en forçant la porte, n’aurait probablement pas pu demander de l’aide.

Enfin, dans cette fable, les fourmis sont présentées comme de grandes travailleuses, des insectes qui ne s’arrêterait jamais. Il est vrai qu’en les observant sans connaissances, c’est l’image qui domine. Cependant les chercheurs se sont récemment rendus compte que certaines fourmis pouvaient ne rien faire pendant des jours entiers.

La cigale, une paresseuse ?

Pour commencer, les cigales ne se nourrissent pas de graines. Elles consomment la sève d’arbres ou d’arbustes. Si ce régime alimentaire se rapprochent de certains types de fourmis qui consomment des liquides sucrés, il n’a véritablement rien à voir avec le régime alimentaire des fourmis de type Messor. Il serait donc bien surprenant que la cigale aille réclamer ce type de nourriture qu’elle ne peut probablement pas ingérer.

Ensuite, le mode de vie des cigales, en particulier leur temps de vie, est extrêmement différent des fourmis, et c’est là que la probabilité de cette fable tombe à l’eau. La cigale vit une très longue période larvaire, souvent durant plusieurs années. Pendant cette période, elle se nourrit sur des racines et s’enterre profondément d’elle-même. A la fin de cette période, elle devient un adulte mature, capable de se reproduire. Pendant un mois et demi l’été, elle se reproduit donc. A la fin de cette période, elle pond ses œufs, qui deviendront des larves, en bas des tronc d’arbres. Ensuite elles seront soit mangées par des prédateurs soit mourront de mort naturelle.

Conclusion

On le sait, notre ami La Fontaine avait des objectif politique en écrivant ses fables, cela n’est donc probablement pas choquant qu’elles ne s’ancrent pas dans la réalité. Cependant cela donne une image de ses animaux qui est largement diffusée et fausse. On l’observe par exemple dans le film d’animation « Mille et une patte ».

Concernant la morale de cette fable, elle est à discuter avant de la transmettre à des enfants. En effet, le premier message est qu’il est important de travailler pour obtenir ce dont on a besoin. C’est important de traiter ce point, mais on peut travailler dans des choses que l’on aime (par exemple ici la musique). De plus, la fourmi n’est pas prêteuse : ici on apprend aux enfants qu’il est normal de ne pas aider quelqu’un dans le besoin. C’est assez délicat comme morale, dans une société qui ne pourra avancer qu’avec de la coopération.

Alors que faire ? Peut-être est-il intéressant de travailler cette fable pas seulement dans l’apprentissage d’une poésie mais plutôt de développer l’esprit critique et la réflexion chez les élèves en leur faisant ressortir d’eux-mêmes les points important de cette morale. Et pourquoi pas s’en servir pour démarrer l’études des êtres vivants et se lancer dans l’élevage des fourmis pour comprendre leurs comportements et les rendre capable d’expliquer pourquoi la situation de la fable n’est pas possible.